Produits du terroir: Bataille pour les appellations d’origine protégéesDe notre envoyé spécial à Berlin, Faiçal FAQUIHI
Le marché allemand estimé à 6 milliards d’eurosDistribution et intermédiaires sont un handicapUne étude commanditée à Boston Con
Le marché allemand estimé à 6 milliards d’eurosDistribution et intermédiaires sont un handicapUne étude commanditée à Boston Consulting GroupIls redoutent un durcissement des l'gislations ' leur encontre Lois co'teuses, r'gles protectionnistes et nationalisme croissant--> < class="st_technorati">> «DES activistes du Polisario risquent de débarquer au stand marocain». L’éventualité a été évoquée par le ministre de l’Agriculture et de la pêche, Aziz Akhannouch, à l’inauguration de la Semaine verte qui se tient du 21 au 30 janvier à Berlin. Diplomatiquement, toute la délégation marocaine était sur ses gardes, surtout les petits producteurs venus pour la 1re fois à la capitale allemande pour présenter leurs produits du terroir.
Au beau milieu d’un pavillon de 400 m2, femmes et hommes s’affairent pour effectuer les derniers ajustements. Ils sont neuf associations, 2 Groupements d’intérêts économiques, 3 sociétés dont El Koutoubia, 11 coopératives et deux unions de producteurs, à participer à la 76e édition de la Semaine verte. Evénement qui attire en moyenne 400.000 visiteurs. C’est dire que ce salon capte d’abord les consommateurs. Ensuite, culture bio, économie équitable… n’ont plus de secret pour les petits collégiens venus en nombre. Le rôle pédagogique des chaînes de télévision locales y est pour quelque chose.
Le marché allemand promet. Ahmed Bentouhami, directeur du développement des filières de production au ministère de l’Agriculture, estime le chiffre d’affaire à 6 milliards d’euros. A condition que l’offre exportable suit. Une étude a été commanditée au cabinet Boston Consulting Group pour avoir une stratégie de commercialisation à l’international. «Ses résultats seront présentés en avril 2011», indique Bentouhami.
Pour le moment, il est encore question de faire découvrir les produits du terroir. Après la visite du stand marocain, Gert Müller, ministre adjoint allemand de l’Agriculture, de l’alimentation et de la protection du consommateur, est lui-même surpris de constater que «le Maroc ne se résume pas à la mer et au soleil».
Les petits producteurs présents à Berlin viennent de dix régions: Marrakech-Tensift, Tadla-Azilal, Meknès-Tafilalt… Ceux de Souss-Massa-Draâ sont majoritaires. Cette diversité régionale rejaillit évidemment sur le nombre des produits.
Le jeune Mohamed Znini est venu tout droit de Sebt Gzoula dans la région de Safi. L’association Ouled Aznin pour le développement rural qu’il préside a été créée en 2007 avec le soutien de l’INDH. Parmi ses activités, la commercialisation de la câpre. Sa production peut atteindre jusqu’à 5 tonnes par semaine. La commune rurale de Sebt Gzoula en produit 40 tonnes par semaine. «La câpre est un condiment qui reste méconnu chez le consommateur marocain. Or, il peut servir à préparer des pizzas, du couscous, des salades…Sans oublier ses bienfaits médicaux pour les rhumatismes et l’impuissance sexuelle», explique Znini.
Rien ne décourage ce jeune diplômé universitaire. L’association va incessamment se transformer en coopérative. Pourtant, les handicaps ne manquent pas. A commencer par la distribution et le monopole du marché par les intermédiaires: «Le kilo de câpre se vend à 7 DH au Maroc et à 200 DH à l’étranger. L’idéal serait d’avoir un centre régional de stockage et de production pour contrer les spéculateurs», relève le président de l’association Ouled Aznin pour le développement rural.
A Berlin, la câpre figurait parmi les 7 familles des produits du terroir exposés: argane, huile d’olive, dattes, miel, les dérivés du cactus (confiture, cosmétiques…), safran de Taliouine, clémentine de Berkane…
La distribution encore et toujours. Grand défi auquel doit faire face la coopérative Tyout d’huile d’olive installée à Meskala dans les environs d’Essaouira. Son produit est principalement vendu aux touristes passagers et aux hôtels.
Les grandes surfaces peuvent-elles servir de relais' Le président de la coopérative, Maâti Bouserhan, rétorque que «les conditions actuelles n’aident pas les producteurs à intégrer le circuit. Il faut déposer sa marchandise et la coopérative n’est payée qu’après la vente. Dans tous les cas, la grande distribution demande des frais de rayonnage assez élevés». Le produit du terroir se base sur le principe d’une économie solidaire. Son but est de créer une source de revenus pour des familles rurales économiquement fragiles. L’enjeu est donc social. Bien entendu, les grandes surfaces ne sont pas là pour jouer à l’assistanat. Mais rien n’empêche de réfléchir sur des contrats de dépôt spécifiques aux petits producteurs. Les conditions en matière de référencement notamment seraient plus souples que celles exigées aux industriels. Ce qui pourrait pousser vers une intégration plus rapide des produits du terroir. Equation difficile. Car bien des grandes surfaces ont leur propre marque d’huile d’olive, de couscous...
Même le comportement des consommateurs n’aide pas. Le président de la coopérative Tyout d’huile d’olive en appelle à la conscience consumériste: «Nous avons investi dans la production, l’emballage (bouteille en verre, étiquette…) et la certification. Mais beaucoup de clients ne sont pas prêts à payer le prix de la qualité». Mettre de l’huile dans un bidon en plastique ne la conserve pas. Au contraire, «il accélère son oxydation surtout lorsqu’on le met en dessous des étagères. D’où l’intérêt de la mettre dans des bouteilles en verre», explique le président de la Coopérative Tyout. Son huile d’olive détient l’appellation d’origine protégée (AOP).
Là aussi le consommateur devrait être plus sensible à ces appellations. Des garanties de qualité au même titre que l’appellation d’origine contrôlée (AOC). Très utilisée en Union européenne pour le vin (Bordeaux) ou le fromage grec (Feta).
Mohamed Ourais, président de l’Association marocaine de l’indication géographique de l’huile d’argane, relève qu’il est «encore difficile d’avoir des données fiables sur les produits du terroir exportés».
La filière reste «dominée par l’informel, les problèmes de distribution et une valorisation insuffisante» (voir encadré).
Pourtant, la filière se révèle une excellente voie pour booster l’indicateur de développement humain. Fadma Ait Mahoucht est directrice de l’Association nationale des coopératives d’argane (ANCA). Cette association a pour rôle de défendre, promouvoir et préserver l’arganier et ses produits. L’ANCA réunit 53 coopératives représentant 3.000 femmes. «Elles étaient 1.000 adhérentes à bénéficier, entre 2008-2009, de programmes d’anathématisation, fonctionnelle», déclare la directrice. Ce programme a été financé à hauteur d’un million de DH par l’Agence de développement social.
A part l’anathématisation, des cours de droit humain sont dispensés. Il est question de droit de la femme en matière de mariage, de la scolarisation de ses enfants, de sa santé… Programme qu’a financé le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Les coopératives deviennent aussi un moyen de lutte contre la précarité sociale.
«Nous avons signé une convention avec la Mutuelle centrale d’assurance (MCMA). La cotisation annuelle que nos adhérentes payent est de 627 DH TTC», affirme Ait Mahoucht. Les femmes bénéficient ainsi de soins dentaires, d’ophtalmologie et de prestation d’accouchement.
Argane contre Argan
MOHAMED Ourais, président de l’Association marocaine de l’indication géographique de l’huile d’argane est un homme qui vit dans l’urgence. Ce jeune vétérinaire bataille pour que la région Souss-Massâ-Draâ ne soit pas spoliée de l’un de ses symboles arboricoles: l’Arganier. Il a pu ainsi obtenir l’indication géographique protégée pour l’Argane. Avec un «e» à la fin, insiste Ourais. Pour lui, le mot «Argan» a été francisé. Et qui est devenu depuis 1985 une marque de produits cosmétiques enregistrée à Paris par Pierre Fabre. Une guerre judiciaire a éclaté depuis avec cette entreprise française et une autre société, française également. Le litige porte, selon Ourais, sur la mention «d’argane». Egalement vice-président de la Chambre d’agriculture du Souss-Massa-Draâ, il suit de près l’affaire qu’examinent les juridictions de commerce de Paris. Parallèlement, il avait dès janvier 2009 déposé une demande de reconnaissance d’indication géographique protégée (IPC). Juste après la promulgation de la loi 25-06 relative à l’IPC. Le premier pas était «d’assurer d’abord une protection nationale à notre produit. C’était une première en Afrique et dans le monde arabe», poursuit-il. D’ici deux mois, il compte effectuer la même démarche à Bruxelles. Il présente argane comme un «produit identitaire». Il a reçu récemment pour des pourparlers une délégation présidée par Fabre fils. Ourais se dit ouvert à un partenariat mais pas à n’importe quel prix. D’où le débat sur la destinée juridique des indications géographiques protégées. Car il y a eu appropriation du nom pour en faire une marque (et produit surtout) française. Or, l’arganier est un arbre qui n’existe qu’au Maroc.
Grenadine de Beni Mellal, agneau de Beni Guil, fromage de Chaouen… bientôt labellisés
EN 2011, quatre grandes foires seront organisées pour la promotion des produits du terroir à Casablanca, Martil, Agadir et Ouarzazate. Le ministère de l’Agriculture et de la pêche compte réaliser une cartographie de la filière des produits du terroir.
Il s’est engagé à la livrer d’ici juin prochain. Par ailleurs, 14 projets sont programmés en 2011 pour un budget de 34 millions de DH. La grenadine de Beni Mellal, la rose de Kelaât Megouna, les figues de barbarie, l’agneau de Beni Guil et le fromage de Chaouen seront labellisés. Ahmed Bentouhami fait référence au projet de loi sur les produits bio. Il sera soumis au Parlement en juin prochain pour être adopté fin 2011 et entrer en vigueur dès 2012. La direction que chapeaute Bentouhami indique aussi qu’un contrat-programme sera signé au cours de l’édition 2011 du Siam à Meknès entre l’association Amabio et le ministère de l’Agriculture.


